Bipolarité : et si on arrêtait les clichés ?

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Le trouble bipolaire est souvent entouré de stéréotypes et d’idées reçues qui alimentent la stigmatisation. Contrairement à la croyance populaire, il ne s’agit pas simplement de sautes d’humeur passagères, mais d’une maladie psychiatrique complexe qui affecte profondément la vie des personnes concernées.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, le trouble bipolaire touche environ 2,3 % de la population mondiale et se caractérise par des épisodes dépressifs et maniaques ayant des répercussions significatives sur la vie quotidienne.

 

N°1 : "La bipolarité, c’est juste des sautes d’humeur, tout le monde est un peu bipolaire"

Non, la bipolarité ne se résume pas à des variations d’humeur habituelles. Un épisode maniaque ou dépressif dure généralement plusieurs jours, voire plusieurs semaines, et s’accompagne de symptômes bien spécifiques. Par exemple, un épisode maniaque peut inclure une diminution drastique du besoin de sommeil (passer plusieurs nuits sans dormir sans ressentir de fatigue), une accélération de la pensée et de la parole, ainsi qu’une prise de risques inconsidérée (achats compulsifs, comportements dangereux, etc.). À l’inverse, un épisode dépressif entraîne une tristesse profonde, une perte d’énergie extrême et un désintérêt total pour les activités du quotidien. Ces états ne sont pas comparables aux simples fluctuations émotionnelles que tout le monde peut ressentir.

N°2 : "Les personnes bipolaires sont imprévisibles et dangereuses, elles ne peuvent pas travailler ou avoir une vie stable"

Les personnes atteintes de troubles psychiatriques, y compris la bipolarité, ne sont pas plus violentes que le reste de la population. Au contraire, elles sont souvent plus vulnérables et à risque de subir de la violence plutôt que d’en causer.

Concernant le travail et la vie sociale, il est vrai que certaines personnes bipolaires peuvent rencontrer des difficultés, mais celles-ci sont souvent liées au manque d’adaptations et de compréhension dans la société plutôt qu’à la maladie elle-même. Le stress professionnel, la rigidité des horaires et la pression sociale peuvent aggraver les symptômes, mais avec un accompagnement et des ajustements (flexibilité, reconnaissance du handicap invisible, accès à des soins adaptés), beaucoup de personnes bipolaires mènent une vie professionnelle et personnelle équilibrée. De nombreuses personnalités atteintes de bipolarité ont d’ailleurs prouvé qu’il était possible d’exceller dans divers domaines.

N°3 : "C’est une maladie rare"

En réalité, le trouble bipolaire est loin d’être rare. Il touche environ 1,6 million de personnes en France. Ce chiffre est comparable à d’autres maladies chroniques bien mieux reconnues, comme le diabète de type 1. Le problème est que la bipolarité est sous-diagnostiquée : en moyenne, il faut 8 à 10 ans avant qu’un diagnostic soit posé, en raison de la méconnaissance du trouble et de la confusion avec d’autres pathologies comme la dépression.

N°4 : "Les traitements ne servent à rien, Il suffit de bien dormir, manger sainement et être fort mentalement pour aller mieux"

Les avancées en neurosciences ont démontré que la bipolarité est liée à des déséquilibres chimiques du cerveau, notamment un dysfonctionnement des neurotransmetteurs comme la dopamine et la sérotonine. Arrêter son traitement sans avis médical expose à des rechutes sévères : plus de 80 % des patients qui arrêtent leur traitement rechutent dans l’année suivante. Cela montre bien que la prise en charge ne repose pas sur une simple volonté personnelle mais sur des bases médicales solides.

De plus, un mode de vie sain, avec une bonne hygiène de sommeil et une alimentation équilibrée, peut aider à mieux gérer la maladie, mais ne remplace pas un traitement médical.

N°5 : "Les bipolaires sont forcément déprimés ou euphoriques, sans phase intermédiaire. Les épisodes maniaques sont toujours positifs et productifs"

Le trouble bipolaire ne signifie pas être en crise en permanence. De nombreux patients connaissent des phases de stabilité durant lesquelles ils mènent une vie normale. Cependant, ces périodes peuvent être interrompues par des épisodes maniaques ou dépressifs, dont l’intensité et la durée varient d’une personne à l’autre.

Enfin, si certains voient dans la manie un état de créativité et d’énergie accrue, elle s’accompagne souvent de prises de décisions impulsives, comportements à risque, dettes financières, ruptures familiales et professionnelles, voire hospitalisation. La manie n’est pas synonyme de génie créatif, elle peut être très destructrice.

N°6 : "Il est facile de diagnostiquer un trouble bipolaire rapidement"

Le trouble bipolaire est souvent confondu avec la dépression unipolaire. Un épisode dépressif peut durer des mois, et si la personne n’a jamais vécu d’épisode maniaque ou hypomaniaque, elle peut être mal diagnostiquée et recevoir un traitement inadapté (comme un antidépresseur seul, qui risque d’induire un virage maniaque). Un diagnostic précis nécessite une analyse approfondie de l’historique médical du patient et parfois plusieurs années de suivi.

N°7 : "C’est une maladie purement psychologique, sans base biologique"

Les recherches ont identifié plusieurs marqueurs biologiques de la bipolarité, notamment des anomalies dans les structures cérébrales comme l’amygdale et le cortex préfrontal, impliqués dans la régulation des émotions. De plus, des avancées récentes suggèrent qu’une simple prise de sang pourrait bientôt aider à diagnostiquer la maladie grâce à l’analyse de certains biomarqueurs sanguins. (Source)

« Il est essentiel de reconnaître que le trouble bipolaire est une maladie réelle qui nécessite une prise en charge médicale. Les traitements combinent souvent une médication adaptée et une psychoéducation, intégrant les facteurs environnementaux et une bonne hygiène de vie.

En tant que proches, collègues ou amis, il est important d'adopter une attitude bienveillante et informée, en évitant de propager des clichés nuisibles. Encourager les personnes concernées à consulter des professionnels de santé et à suivre leur traitement peut faire une différence significative dans leur parcours vers la stabilité. »

Source sur bipolaritefrance.com

Pour aller plus loin

Retrouvez le dernier épisode du podcast Corps et Fracas, qui met en lumière la Bipolarité, disponible sur toutes les plateformes d’écoute.