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Les racines du mouvement

Siège national de la Mutualité Française

Les hommes ont longtemps vécu dans l’instant, avec pour principale préoccupation la survie immédiate, et il était bien difficile de se prémunir des maladies, de la vieillesse ou du malheur. La fatalité prévalait sur la prévoyance.

LE MUTUALISME EN REGION CENTRE-VAL DE LOIRE : une histoire bi-séculaire

  

La force de l’auto-organisation

Les pratiques mutualistes, fondées sur l’alliance de la prévoyance et de la solidarité, sont apparues dans le monde du travail dès l’Antiquité. Elles se sont répandues à partir du Moyen-Âge en Occident au sein des groupements corporatifs, particulièrement bien implantés en Touraine, ainsi qu’en atteste l’existence d’un musée du compagnonnage à Tours. Ces organisations avaient toutes des caisses de prévoyance qui prenaient en charge les frais d’obsèques de leurs adhérents et les secours aux veuves et orphelins. Elles ont été supprimées  sous la Révolution française (loi Le Chapelier 1791), au nom du libéralisme économique, de l’abolition des privilèges et de l’égalité des individus devant la Nation. Néanmoins, dès les années 1820, des travailleurs bravent l’interdit législatif qui pèse sur l’association pour pallier l’inertie de l’Etat dans le domaine social. On assiste alors, dans les milieux de l’artisanat urbain, à l’émergence de « sociétés de secours mutuels » ou « associations de prévoyance » comme la « Caisse d’économie, d’accumulation et de bienfaisance des tanneurs » créée en 1824 en Indre-et-Loire. La société de secours mutuels des ouvriers d’Amboise, fondée en 1842, s’adresse à tous les corps de métiers. Parfois, comme à Chinon en 1846, les conseils municipaux facilitent la création de ces sociétés pour soulager la charge des bureaux de bienfaisance communale.

 

A l’origine de la protection sociale moderne

Conscient des risques d’explosion sociale consécutifs à la montée du paupérisme, Louis-Napoléon Bonaparte accorde en 1852 sa première reconnaissance législative à la Mutualité. A la promulgation du décret, treize sociétés fonctionnent déjà dans le département de l’Indre, à Châteauroux, La Chatre, Valençay, Levroux, Châtillon et Le Blanc. Le développement dans le département de l’Indre semble avoir été plus tardif. Bien que le gouvernement préconise l’ancrage communal pour éviter les revendications de type corporatif, il existe des sociétés à caractère professionnel, comme les mutuelles de porcelainiers de Foëcy (1856).

La protection sociale moderne pour les travailleurs prend forme au cours de cette seconde partie du 19e siècle dans le cadre mutualiste, qu’il s’agisse de l’assurance maladie, du congé maternité, de la prévention ou de l’éducation à la santé. Les sociétés de secours mutuels prennent également en charge l’organisation des obsèques, et dans les campagnes, un service mutuel de travaux agricoles assure l’entretien des terrains des sociétaires malades.

Conformément au dessein bonapartiste, les sociétés de secours mutuels du Second Empire sont encadrées par les notables locaux, maires et curés en tête. En dépit de cette tutelle, le fonctionnement mutualiste est vecteur d’émancipation. Les décisions prises par le bureau élu sont soumises à l’approbation de l’assemblée générale des sociétaires, ce qui favorise l’émergence d’une culture citoyenne de participation et de responsabilisation des individus à l’égard de la collectivité.

 

L’extension de l’action mutualiste dans le cadre départemental

La loi républicaine de 1898 dite « Charte de la Mutualité » renforce l’action mutualiste : elle encourage l’adhésion familiale, la participation des femmes, par le biais des mutuelles maternelles. Des mutuelles scolaires, comme le Sou de l’Ecolier à Chartres, initient les enfants aux vertus conjuguées de l’épargne et de la solidarité. La loi de 1898 permet également aux sociétés de mettre en place des œuvres sanitaires et sociales, comme les pharmacies mutualistes. Le coût de ces réalisations motive les regroupements au niveau départemental. L’Union mutualiste de l’Indre voit le jour en 1903, celle du Cher en 1904. L’Union départementale d’Indre et Loire fondée en 1907 se distingue par ses efforts à intégrer les femmes dans les structures mutualistes. Elle crée notamment la Féminine Tourangelle, réservée aux dames et demoiselles de la ville de Tours en 1909. Cet exemple inspire à la suite la création de la Féminine prévoyante d’Esvre. La formule mutualiste s’applique aux milieux les plus divers. Ainsi, dans le Loiret, les prêtres du diocèse d’Orléans, mis en situation de précarité suite à la loi de 1905 sur la laïcité, fondent une mutuelle ecclésiastique en 1906. Cette mutuelle fonctionne encore de nos jours.

Le mouvement a achevé sa structuration avec la création en 1902 de la Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF), qui représente les sociétés de base auprès des pouvoirs publics. Dans tous les départements, la Mutualité s’illustre dans la promotion de l’hygiène sociale, à l’avant-garde de la prévention et de l’éducation à la santé, par le biais des revues diffusées auprès des adhérents.

 

L’articulation de la mutualité avec les régimes obligatoires

Alors que les politiques sociales progressent rapidement en Europe, la France se retrouve après la Première Guerre mondiale plutôt en retard dans ce domaine. Le premier système public obligatoire d’assurances sociales pour les salariés du privé est enfin mis en place en 1930. Les mutuelles s’adaptent à la diversification des situations, entre assurés et non assurés (professions libérales, fonctionnaires, cadres du privé…). A Tours, en 1936 est créée la « société mutualiste complémentaire d’assurances sociales » (SMC), qui deviendra la MUTIT en 1978. Le tandem assurances sociales-mutualité contribue à amortir les difficultés sociales et les problèmes sanitaires engendrés par la crise des années 1930, suivie des cinq années de guerre.

A la Libération, la solidarité nationale s’incarne dans la Sécurité sociale, adoptée par voie d’ordonnances en octobre 1945. Désormais, les mutuelles prennent en charge la complémentaire-santé, c’est-à-dire la part des soins non remboursée par le régime obligatoire.

 

Vers une définition élargie de la protection sociale

Au-delà de leur intervention dans la prise en charge du risque maladie, qui reste au cœur de leur métier, les mutuelles diversifient les initiatives propres à favoriser le bien-être de leurs adhérents, notamment dans le domaine des loisirs en pleine expansion. La composition du sociétariat mutualiste a suivi l’évolution de la société française : désormais, les adhérents salariés, employés du secteur public et ouvriers du secteur privé sont plus nombreux que les artisans et commerçants qui composaient le gros des bataillons mutualistes au 19e siècle. Les mutuelles de fonctionnaires et les mutuelles d’entreprise prennent le pas sur les mutuelles interprofessionnelles. Les réalisations sanitaires et sociales se multiplient au cours des Trente Glorieuses, contribuant à démocratiser l’accès aux soins. Après le temps des pharmacies mutualistes – celle de Tours date de 1925 – sont inaugurés une clinique dentaire à Bourges (1952), un centre optique à Tours (1960), et plusieurs centres optiques à Bourges, Vierzon et Châteauroux durant la décennie 1970. En 1977 est fondée l’Union de la Mutualité région Centre (Umurec).

Au tournant du XXIe siècle, alors que les organisations mutualistes continuent à innover dans le domaine de la protection sociale, notamment par l’ouverture de centres d’audio-prothèse (Bourges, 1997),  elles sont confrontées à la crise du système de santé et la concurrence du secteur lucratif. La Mutualité doit, en outre,  s’adapter aux exigences règlementaires européennes, ce qui se traduit par la mise en œuvre d’un  nouveau code en 2001. Face à cette nouvelle donne, la restructuration du mouvement devient nécessaire, entraînant des regroupements et une redistribution des rôles entre les échelons régionaux et nationaux. Le transfert de la mission fédérative des Unions Départementales à l’Union Régionale lui confère un véritable rôle en 2009. En 2010, la Mutualité Française Région Centre (Murec) devient la Mutualité Française Centre. Elle regroupe plus de 200 mutuelles dans six départements. Le maintien du lien social au niveau du territoire n’en reste pas moins une priorité de l’activité mutualiste.

Patricia Toucas-Truyen