« Le marchand de sable est passé. »
Une phrase que beaucoup d’entre nous ont entendue enfant. Elle ne décrit rien de concret, mais raconte une histoire qui traverse les générations et qui continue à parler de quelque chose de très réel : le sommeil.
D’où vient le marchand de sable ?
Le Marchand de sable est issu du folklore européen, notamment germano-nordique. La légende veut qu’il passe la nuit déposer du sable dans les yeux des enfants pour les aider à s’endormir et faire de beaux rêves. Le petit “sable” qu’on retrouve parfois au coin des yeux au réveil devient ainsi une preuve tangible de son passage.
À l’origine, ce personnage n’était pas toujours rassurant. Dans Der Sandmann (1816) d’E. T. A. Hoffmann, il devient presque menaçant : il jette du sable dans les yeux des enfants qui refusent de dormir. Le sommeil y est présenté comme quelque chose qu’il faut imposer.
Quelques décennies plus tard, Hans Christian Andersen transforme complètement le personnage dans Ole Lukøje (1841). Le Marchand de sable devient bienveillant, conteur et presque complice. Il n’oblige plus, il accompagne. Cette évolution montre que la culture cherche à rendre le sommeil compréhensible et rassurant, sans changer sa nature biologique.
Pourquoi inventer une figure pour parler du sommeil ?
Le sommeil est, par essence, hors de notre contrôle direct. Il arrive quand il arrive. Pour un enfant (et même pour un adulte) cette perte de maîtrise peut être déconcertante. Le mythe du Marchand de sable permet de donner une forme à ce phénomène invisible. Il transforme un processus biologique abstrait en un récit, en un symbole que l’on peut comprendre et intégrer.
Aujourd’hui, nous avons remplacé le conte par des chiffres et des normes : durée idéale, heures parfaites, sommeil “réussi” ou non. Mais le fond reste le même : le sommeil ne se commande pas entièrement.
Le sommeil : un mélange de ce que l’on peut influencer et de ce qui nous échappe
Comme Ségolène nous l’explique dans l’épisode “Comprendre le sommeil pour mieux dormir” du podcast Corps et Fracas, certaines habitudes et conditions influencent le sommeil : rythme régulier, environnement calme, lumière, alimentation. Mais d’autres facteurs, comme le stress ponctuel, les pensées ou le décalage de l’horloge biologique, échappent à notre contrôle.
Le mythe du Marchand de sable nous le rappelle : on peut préparer le terrain, mais on ne peut pas forcer le sommeil. Et c’est parfaitement normal. Essayer de le commander à tout prix mène souvent à plus de frustration que de repos.
Ainsi, dormir reste un équilibre subtil :
agir sur ce que l’on peut influencer,
accepter ce qui nous échappe,
etre bienveillant envers soi-même quand une nuit se passe mal
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avec nos meilleures recommandations pour des nuits vraiment réparatrices : « Comprendre le sommeil pour mieux dormir ».