Vous voyez une voiture rouge. Votre voisin aussi. Mais voyez-vous exactement le même rouge ? La question peut sembler étrange. Pourtant, notre perception des couleurs est plus complexe qu’on ne l’imagine. Elle dépend à la fois de la lumière, de nos yeux et de notre cerveau.
Prenons l’exemple d’une pomme rouge. Lorsque la lumière arrive sur la pomme, une partie est absorbée par sa surface et une autre est renvoyée vers nos yeux. C’est cette lumière réfléchie qui nous permet de percevoir la pomme et sa couleur. Autrement dit, nous ne percevons pas directement la couleur d’un objet : nous percevons la lumière qu’il renvoie vers nos yeux. Cette lumière traverse ensuite l’œil pour atteindre la rétine. C’est là que commence le traitement de l’information.
Trois types de cônes pour percevoir les couleurs
La rétine contient des photorécepteurs. Il s’agit de cellules spécialisées dans la perception de la lumière : les cônes. Chez la plupart des personnes, il existe trois grands types de cônes, sensibles à différentes parties de la lumière visible, avec une sensibilité particulière autour des longueurs d’onde du bleu, du vert et du rouge. Mais ils ne fonctionnent pas séparément. Lorsque nous regardons une pomme rouge, les différents cônes sont tous stimulés, mais à des degrés différents. Le cerveau reçoit ensuite ces informations et les compare pour déterminer la couleur que nous percevons.
Ainsi, il n’existe pas un simple « capteur du rouge ». Notre perception des couleurs résulte de la combinaison des informations fournies par plusieurs types de cônes, puis interprétées par le cerveau.
Voyons-nous tous les mêmes couleurs ?
Pas nécessairement. Deux personnes ayant une vision normale peuvent percevoir les couleurs de manière légèrement différente. Elles identifieront toutes les deux une pomme comme étant rouge, mais nous n’avons aucun moyen de savoir si leur perception subjective de cette couleur est exactement la même. Chez certaines personnes, les différences sont plus importantes. C’est notamment le cas du daltonisme. Contrairement à une idée reçue, être daltonien ne signifie généralement pas voir le monde en noir et blanc. Il s’agit plutôt d’une difficulté à distinguer certaines couleurs ou certaines nuances. Les confusions entre certaines teintes de rouge et de vert sont notamment fréquentes.
Et avec l’âge, est-ce que les couleurs changent ?
Notre perception des couleurs peut aussi évoluer avec l’âge. Le cristallin, la petite lentille située à l’intérieur de l’œil, perd progressivement de sa transparence et peut prendre une teinte légèrement jaunâtre. Cela modifie la lumière qui atteint la rétine. Certaines couleurs, notamment les bleus et les violets, peuvent alors être moins facilement distinguées. Mais avec l’âge, un autre changement peut avoir des conséquences très concrètes : la diminution de la sensibilité aux contrastes.
Le contraste correspond à la différence visuelle entre un objet et ce qui l’entoure. Une marche presque de la même couleur que le sol, une poignée beige sur une porte beige ou un texte gris clair sur un fond blanc peuvent ainsi être plus difficiles à repérer. L’objet n’est pas nécessairement flou. Il se détache simplement moins de son environnement.
C’est pourquoi un éclairage adapté et des contrastes suffisamment marqués peuvent faciliter la vie quotidienne lorsque la vision évolue avec l’âge.
Alors, voyons-nous tous le même rouge ?
On ne peut pas vraiment le savoir. Ce que nous appelons une couleur est le résultat d’une véritable chaîne : la lumière éclaire l’objet, une partie est réfléchie vers l’œil, la rétine transforme cette information en signaux, puis le cerveau les analyse pour construire notre perception. La couleur n’est donc pas uniquement une caractéristique de l’objet. Elle dépend aussi de la façon dont notre système visuel interprète la lumière.
Vous souhaitez écouter ou réécouter le podcast en question ?
La perception des couleurs, le rôle des cônes et de la rétine, les évolutions de la vision avec l’âge… autant de sujets abordés dans notre podcast « Vision – Comment nos yeux nous permettent-ils de voir ? ». Dans cet épisode de Corps et Fracas, Benoît Guillot, opticien chez Écouter Voir, nous aide à mieux comprendre les mécanismes de la vision, de l’entrée de la lumière dans l’œil jusqu’à son interprétation par le cerveau. Un échange accessible et passionnant pour découvrir comment notre regard construit la réalité qui nous entoure.